Depuis le 1er mai 2026, la réglementation environnementale RE2020 s'applique à la quasi-totalité des bâtiments tertiaires neufs. Un tournant que la presse spécialisée a largement relayé, et qui soulève une question très concrète pour les maîtres d'ouvrage : combien ça coûte, et comment l'anticiper ? Nous avons voulu décrypter cette actualité sous l'angle qui est le nôtre, celui de l'économie de la construction.
L'article que nous décryptons
« Au 1er mai 2026, la RE 2020 s'appliquera à (presque) toute la construction neuve » — Le Moniteur, 2026.
À lire en source : l'article sur lemoniteur.fr.
Nous en résumons ci-dessous l'essentiel, avant d'y apporter notre lecture. Pour le détail complet, nous vous invitons à consulter l'article d'origine.
Ce que dit la réforme, en bref
Jusqu'ici, la RE2020 ne s'appliquait qu'aux logements, aux bureaux et à l'enseignement. Depuis mai 2026, elle s'étend à une dizaine de nouvelles catégories de bâtiments tertiaires neufs : hôtels, restaurants, commerces, établissements de santé, EHPAD, équipements sportifs, crèches, bibliothèques, universités, aérogares. Au total, une grande partie du parc tertiaire futur est désormais concernée.
Concrètement, un projet neuf doit respecter plusieurs indicateurs, modulés selon le type de bâtiment : la qualité de l'enveloppe (Bbio), la consommation d'énergie primaire (Cep), l'impact carbone de l'énergie et surtout l'impact carbone des matériaux et équipements (Ic construction), ainsi que le confort d'été (degrés-heures d'inconfort). Quelques exceptions subsistent, comme les petites extensions ou les constructions temporaires.
Notre lecture d'économistes de la construction
L'attention médiatique s'est logiquement portée sur la technique et l'environnement. Mais pour un maître d'ouvrage, la vraie question est budgétaire : cette réforme a un coût, et ce coût se joue dès la conception.
Le point le plus structurant, à nos yeux, est l'indicateur carbone sur les matériaux. Pour la première fois à cette échelle sur le tertiaire, ce n'est plus seulement la performance énergétique du bâtiment en exploitation qui est réglementée, mais l'empreinte carbone de ce que l'on construit. Cela oriente les choix vers des matériaux bas carbone — bois, isolants biosourcés, béton décarboné — dont les prix, la disponibilité et les filières ne sont pas encore stabilisés. Autrement dit : une nouvelle variable, parfois volatile, entre dans l'équation économique de chaque projet.
Trois impacts budgétaires à anticiper
Sans dramatiser — la RE2020 est vertueuse et prévisible — nous identifions trois effets à intégrer dès l'amont d'une opération :
- Un surcoût de construction possible sur certains lots, lié aux matériaux bas carbone et aux systèmes performants (pompes à chaleur, solaire thermique). L'ampleur dépend fortement du type de bâtiment et de la qualité de la conception.
- Un coût de conception renforcé, car l'atteinte des seuils suppose une étude thermique et environnementale poussée, très tôt dans le projet. C'est un investissement, pas une dépense : mieux vaut arbitrer sur plan que corriger en phase travaux.
- Un effet sur la valeur de l'actif, à l'inverse, plutôt favorable : un bâtiment conforme et sobre se loue, se revend et se finance mieux. Le surcoût initial doit donc se lire à l'échelle du cycle de vie, pas seulement du chantier.
Et pour la réhabilitation ?
Une précision utile : la RE2020 vise la construction neuve, pas la réhabilitation, qui reste régie par ses propres textes. Mais l'esprit de la réforme irrigue tout le secteur, et les maîtres d'ouvrage qui rénovent en tiennent de plus en plus compte, ne serait-ce que pour préserver la valeur de leur actif et sa performance à long terme. Sur une réhabilitation lourde, la même logique s'impose : intégrer très tôt l'ambition énergétique et carbone dans le calcul du coût, plutôt que de la traiter après coup. La question n'est donc pas seulement « suis-je soumis à la RE2020 ? », mais « comment mon projet se situe-t-il face aux exigences de demain, et à quel prix ? ».
Le rôle de l'économiste : chiffrer avant de subir
C'est précisément là que notre métier prend tout son sens. Une réglementation qui déplace le coût vers l'amont appelle une estimation fiable, elle aussi, dès l'amont. Notre rôle d'économiste de la construction consiste à traduire chaque exigence de la RE2020 en euros, à comparer les scénarios techniques sur une base chiffrée, et à donner au maître d'ouvrage la visibilité nécessaire pour arbitrer entre niveau d'ambition environnementale, qualité et budget.
Établir des estimations phase par phase (de l'esquisse au PRO), rédiger des pièces écrites techniques (CCTP) qui intègrent clairement les exigences environnementales, analyser les offres des entreprises à l'aune de ces nouveaux critères : c'est ainsi que l'on transforme une contrainte réglementaire en trajectoire budgétaire maîtrisée, plutôt qu'en mauvaise surprise.
En résumé
L'extension de la RE2020 au tertiaire n'est pas qu'un sujet technique : c'est une nouvelle donne économique pour tout maître d'ouvrage qui construit à Paris et en Île-de-France. Bien anticipée, elle est parfaitement pilotable. Mal anticipée, elle se paie en études refaites et en enveloppes qui dérapent. La différence se joue au moment où l'on chiffre le projet — c'est-à-dire le plus tôt possible.
Vous avez une opération tertiaire concernée par la RE2020 et vous voulez en sécuriser le budget dès les premières études ? Contactez-nous : nous serons ravis d'en discuter avec vous.